Atelier d’écriture

« ECRIRE L’HISTOIRE DE SA VIE »

Un atelier est proposé aux grands-parents pour apprendre à mettre en ordre le récit de leurs souvenirs. L’objectif n’est pas de raconter ses mémoires de manière exhaustive ni « de faire de la littérature ». On essaie seulement d’organiser ses récits de manière concrète.

Important : l’atelier comporte sept séances. La participation à toutes les séances est indispensable pour le bon fonctionnement du groupe.

Les séances ont lieu le mardi à 14 heures au Centre Berthelot, 14 avenue Berthelot LYON 7ème.

Participation : 35 €
Dates pour l’année 2017/2018 :

3 octobre, 7  et 28 novembre, 5 décembre,  9 et 23 janvier, 13 mars, 10 avril.

Renseignements auprès de : Marie-Paule DIMET : 04 78 25 53 71.

Le texte d’un des participants

Des bétises, moi ? jamais!
Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais fait de grosses bétises.
Comme tous les enfants de mon age,
je me suis chamaillé avec mes soeurs,
j’ai tiré des sonnettes aux portes des maisons sur le chemin de l’école,
j’ai acheté des bonbons avec la monnaie du pain,
j’ai déchiré un pantalon tout neuf en faisant de l’escalade,
j’ai cassé des carreaux en jouant au ballon.
j’étais dissipé en classe et même très dissipé, bavard à l’étude et même chahuteur.
Mais c’était surtout par insouciance et bonne humeur …Des bêtises ? moi ? jamais !
Pourtant, je garde en mémoire -quand même- quelque chose que j’ai accompli petit mais je ne sais
plus si c’est le souvenir ou l’histoire que l’on m’a inculquée.
J’adorais démonter les objets que je manipulais : des montres usagées pour en découvrir le
mécanisme, des piles électriques pour en comprendre le fonctionnement, des jouets dont le ressort
était cassé. Rarement, bien sûr, je n’étais capable de remettre en état de marche ce que j’avais
soigneusement désossé ! j’ai fait des progrès depuis…
Pourtant une fois, cela m’a valu la vindicte de mes soeurs.
Par logique familiale, moi j’avais le meccano et mes soeurs des poupées et déjà, à cette époque, les
poupées étaient sophistiquées :
On pouvait leur donner le biberon et forcément elles trempaient leurs culottes, elles pleuraient si on
les secouait un peu trop fort et elles fermaient les yeux si on les berçait gentiment dans les bras.
Bref ces évolutions techniques à chaque noël par rapport au baigneur fixe que j’avais connu
m’impressionnaient.
Et c’est ainsi qu’un jour de mes 6 ans, profitant de l’absence de mes soeurs, je m’emparais de l’une de
leurs poupées pour éclaircir ce que je considérais comme de la supercherie.
Autant je découvris facilement le principe du pipi et la bôite à faire des pleurs mais les yeux – ces
yeux si bien imités- m’intriguaient.
Et c’est donc sans malice que j’appuyais sur les oculaires pour les faire tourner.
Ma maladresse me conduisit à leur enfoncer le globe dans la cavité des yeux sans pouvoir les
remettre en place.
Quel drame ! Bien qu’ayant enfoui la poupée parmi les autres, ma soeur cadette ne tarda pas à
découvrir l’ignoble outrage que j’avais infligé à sa préférée.
Je fus puni, avec l’interdiction de ne jamais retoucher aux jouets de mes soeurs, Et cette histoire m’a
maintes fois et pendant longtemps, été gentiment reprochée.
De ce jour, je n’ai jamais rejoué à la poupée.
Plus tard, J’ai eu des circuits et des trains électriques pour assouvir ma curiosité de petit garçon.
Voilà, la prochaine fois je vous raconterai ma plus grande honte d’enfant de choeur : casser les
burettes en plein milieu de la messe de minuit.

Janvier 2018

Le témoignage d’un autre participant

« J’ai rejoint l’atelier d’écriture à la dernière « rentrée », c’est-à-dire en octobre, et d’emblée je m’y suis senti à l’aise. J’avais envie d’écrire, mais je ne m’y mettais pas ; il me fallait sans doute la stimulation, l’aiguillon, un planning, que sais-je ? Et pourquoi ne pas écrire « L’histoire de ma vie »….

Devant la page blanche, après parfois un démarrage difficile, cela se met en place ; et quelle joie, presque quelle jouissance de voir que je parviens à quelque chose…

C’est aussi le plaisir, enrichissant, de la mise en commun….

Heureux de m’être embarqué dans cette aventure, je vous la partage bien simplement. »

J.P.

Mon plus ancien souvenir

Je ne sais pas si c’est bien lui mon plus ancien souvenir. Mais parmi tous les moments qui me reviennent en mémoire, je suis certain que celui-ci ne s’est pas imprimé dans un coin de mon cerveau, parce que entendu raconté de la bouche de l’un ou l’autre.

Ce souvenir c’est une image. Celle d’un moment si banal, si peu extraordinaire, qu’il n’a pu faire l’objet d’aucun récit de la part de qui que ce soit de mes proches, et que je peux bien être persuadé qu’il m’est tout à fait personnel. Je n’en ai sans doute même jamais parlé avec mon frère qui l’a très vraisemblablement vécu comme moi et en même temps.

Cette image c’est celle du Grand-Père Georges, en train de se raser. Je ne devais pas avoir plus de six ou sept ans, puisque nous, ses petits-enfants, nous avons cessé de le voir les deux-trois dernières années de sa vie. Il perdait la tête ou – comme on disait alors – « il était retombé en enfance ». On ne parlait pas de maladie d’Alzheimer. Ce que j’ai su, plus tard, c’est que, parfois, il ne reconnaissait même plus la grand-mère.

Nos grands-parents paternels habitaient non loin de chez nous, dans une petite maison, à un étage plus grenier. Il y avait une petite cour sur l’arrière, entourée de bâtiments très disparates qui, pour nous enfants, étaient plein de charme, mais que mes parents ont fait abattre dès qu’ils ont eu à rénover cette maison : arrière-cuisine, appentis, clapiers désaffectés, serre-bois, resserre, et même WC à l’ancienne, au fond de la cour. Car les grands-parents n’avaient jamais jugé utile de faire installer l’eau courante. La pompe, une pompe manuelle à balancier,  trônait donc en bonne place dans cette cour, près de la porte de l’arrière cuisine. Elle faisait d’autant plus notre admiration que nous avions parfois droit d’y emplir un arrosoir, un seau, un broc et qu’elle fournissait une eau si fraîche et si délicieuse. Seuls les chimistes pensent de l’eau que c’est un liquide incolore, inodore et sans saveur.

Mais revenons à mon souvenir. Ce devait être aux beaux jours, car le grand-père, en chemise !! – c’est-à-dire sans veston – se rasait debout dans la cour. Il avait accroché un petit miroir à une pointe sans doute plantée là à cet effet. Et, le visage blanc de mousse, le col de chemise bien ouvert, il maniait avec aisance un rasoir comme je n’en avais jamais vu. De ces rasoirs que l’on appelle « coupe-chou ». Il rinçait souvent la lame dans un bol d’eau chaude que lui avait préparé la grand-mère. Régulièrement et avec application, il passait cette lame sur une large bande de cuir, qu’il avait mouillée. Et avec les doigts de sa main gauche il tendait la peau du visage, traquant le moindre poil, contournant avec soin la moustache qu’il portait assez fièrement. Il tournait la tête de gauche et de droite, il levait le menton, pour bien se voir dans ce petit miroir, vraiment pas bien grand. La grand-mère lui apporta une cuvette d’eau chaude propre et une serviette qu’elle posa sur une chaise. Il se rinça, se sécha, puis referma son col de chemise. Il lava rasoir, bol et cuvette sous l’eau froide de la pompe et entra dans la maison. Quand il en ressortit, il avait – bien en place  comme toujours – col cassé, cravate, montre à gousset et veston sombre. Je retrouvai l’homme qui, quoique souvent affectueux, m’impressionnait et qui savait me remettre en place lorsque je me laissais aller à quelque sottise ou quelque parole déplacée … Et alors là je me serais caché sous terre.

Novembre 2017

 

 

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